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dimanche, 29 août 2010

Reportage : U Trinighellu, le tramway des plages de Balagne ou l'éloge de la lenteur

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Reportage à bord de la légendaire micheline des plages de Balagne. Une institution! Avec son lot d'anecdotes, de sable et de bruits mécaniques assourdissants, U Trinighellu (le "petit train" en corse) assure six aller-retour quotidiens entre Calvi et l'Île-Rousse durant la saison estivale. L'occasion d'embarquer à bord et de prendre le temps de la lenteur. Vingt-deux kilomètres en un peu moins d'une heure sous une chaleur étouffante. Ambiance!

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Un soleil brûlant frappe les têtes et assourdi les esprits en ce milieu d’après-midi. Assis à l’ombre de la gare, une trentaine de personnes attend à quai l’arrivée du train. Le bruit sourd tant espéré retenti enfin. Une silhouette apparaît au bout des rails : la fameuse micheline des plages de Balagne. Les passagers se pressent aux portes pour obtenir une place assise.« Mets-toi à gauche si tu veux profiter de la vue», lance une femme à son amie qui la précède à bord. Conseil pertinent tellement la voie passe près du rivage. Encore faut-il savoir dans quelle direction part la micheline. Car aux dires des contrôleurs, certains osent régulièrement la question:  « Dans quel sens démarre le train? » Comble de la bêtise lorsque l'on connaît la gare de Calvi: un cul-de-sac!

« Ce n’est pas un bus, c’est un train »

Par cette chaleur on s’évente avec ce que l’on peut. Tickets, dépliants des horaires, tout est bon! « Quand est-ce que le bus démarre maman? », demande un petit garçon. « Ce n’est pas un bus, c’est un train », s’empresse de rectifier sa mère. Une autorail motrice et un wagon. Pas plus! L'équation est simple: vingt-deux kilomètres parcourus en cinquante minutes. Faites la moyenne. Le règne de la lenteur! Plus qu'un moyen de transport, celui que les Corses surnomment affectueusement U Trinighellu (le petit train), demeure l'une des meilleurs manière de découvrir le littoral entre Calvi et l'Île-Rousse. Même si les nostalgiques regretteront les vieilles autorail Renault rouge et blanche, datant de 1949!

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La micheline se met en route. Enfin un peu d’air!
Par la fenêtre, le paysage se déroule. La baie de Calvi, sa plage, et la pinède parsemée de ses nombreux arrêts. « Tu as vu où l’on s’arrête? Ce ne sont même pas des gares! », plaisante une élégante touriste vêtue d’une robe à fleurs. De la micheline on regarde la plage, et de la plage... la micheline. « Pourquoi les voitures nous doublent? », s’enquiert un enfant auprès de son père.
La lenteur du tramway des plages est légendaire. Monter à bord, c’est avant tout prendre le temps de la lenteur. « Cela ne plaît pas à tout le monde », confie un contrôleur. Pourtant, à parfois seulement quelques mètres du rivage, la ligne de chemin de fer de Balagne inaugurée en 1890, offre un trajet d’une rare beauté. Plaisir confidentiel assourdi par le bruit des vieilles motrices. Alors, à défaut de grandes discussions, on regarde par la fenêtre en lançant parfois un mot à son voisin, ou en lui désignant du bout des doigts quelque chose à observer. Certains se lèvent pour photographier le paysage. D’autres, bercés par la fatigue et les ronronnements de la mécanique, se laissent aller au sommeil. Pendant ce temps, le contrôleur offre aux enfants  une visiteCAL2808Q801_GVWM_MICHELINE.jpg de la cabine de pilotage du wagon remorque. Les gamins rient gaiement, mimant de conduire la motrice. Un rêve de gosses, que deux pères de familles et un vieil homme observent emplis de ce désir inavouable de pouvoir les imiter.

Une poussette au milieu des rails


Un peu plus loin dans le wagon, un italien torse-nu râle lorsque le contrôleur exige de lui une tenue décente avant de pouvoir poinçonner son billet.   « C'est toujours la même chose, rouspète celui qui fait des trous dans les billets, les usagers se croient tout permis et pensent que nous sommes leurs serviteurs. Alors le plus souvent c'est la guerre pour des conneries », balance-t-il. C'est sans compter la « bêtise » de certains touristes « qui prennent ce train pour une curiosité. » Il n'est pas rare de voir des enfants courir à côté ou derrière le train lors de son passage sans se rendre dompte du danger. Ou encore des jeunes s'amusant  à rester sur les rails jusqu'au dernier moment, obligeant le train à un freinage d'urgence. Cette après-midi, deux femmes discutent tranquillement assises sur des marches en bordure de la voie ferrée. Le conducteur klaxon à plusieurs reprises. Pas de réaction. Freinage d'urgence. Le bruit strident fait se retourner nos deux étourdies. Arrivé à leur niveau au pas, le chauffeur les tance gentiment. « Quand ce ne sont pas des animaux qui se mettent sur la voie, ce sont des vacanciers inconscients qui jouent les cascadeurs », poursuit mon contrôleur l'air complètement blasé. Avant que son collègue ne poursuive: « Il y a quelques mois, un couple avait laissé son enfant dans la poussette au milieu des rails. Nous avons dû arrêter le train en urgence. Il nous ont expliqué penser que la voie était désaffectée », rigole-t-il. Juste retour des choses, les poinçonneurs de la micheline magagnent sec. On m'explique:

Une touriste:  -Où prend-t-on le train pour Bastia?

Le contrôleur: - C'est celui-là (en désignant U Trinighellu)

La touriste: - Ça va, arrêtez de vous foutre de moi!

Le contrôleur:- Non, je vous jure!

La touriste: - Alors, où le prend-t-on?

Le contrôleur: - Ok. C'est là-bas. Vous descendez sur le port, près de l'office du tourisme, vous verrez.

La touriste: - Merci.

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« Ce jour là je les ai envoyé sur le port, nous sommes partis et ils ont donc loupé leur train! », dit-il tranquillement. Envoyer un groupe d'une vingtaine de retraités attendre le train sur le parking de la gare ou diriger des vacanciers vers la banque pour faire changer des euros en monnaie napoléonienne corse afin d'obtenir des billets... les anecdotes ne manquent pas. « Ils étaient arrivés en demandant si ils pouvaient payer en euros. Je leur ai répondu que non! », explique-t-il. Avant de poursuivre, « Ce matin, deux jeunes femmes sont arrivées en gare de Calvi en demandant des billets pour... Calvi!»

Les anecdotes s'égrainent. Le paysage toujours aussi magnifique défile. Une petite heure s'est écoulée comme quelques minutes évaporée dans l'air. Arrivée en gare de l’Ile-Rousse. Fin de la rêverie. Tout le monde descend!

G.V.W

Pour voir les photos du reportage, c'est ici:

Commentaires

super reportage, du brut on aime.
on en mangerait.

tchoutchou

Écrit par : miss domi dominici | lundi, 30 août 2010

Les commentaires sont fermés.

 
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