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vendredi, 09 juillet 2010

La Chronique judiciaire: "Brèves de pot de chambre". Episode n°3

Codebar.jpgChronique sous valium. Pour son troisième opus, la chronique judiciaire se penche cette semaine sur le cas d'un braqueur hors du commun. Justiciable, qui comme beaucoup comparaît sans avocat. Notre expert judicaire venu du grand nord de la France, Jean-Guy Wazemmes, et de passage par Paris, nous livre sont compte-rendu d'audience. Sans appel!


vitre_cassee.jpg17e chambre correctionnelle, 9 juin 2010, 10h.

La justice française a cela de bien que les avocats y occupent une place centrale. Quiconque s’y frotte est en droit d’avoir recours à ces hommes de loi – commis d’office ou non. Dès lors pourquoi tant d’accusés et de parties civiles se présentent au tribunal sans avocat ?

Le petit bonhomme d’une quarantaine d’années qui s’avance à la barre est maigre comme un clou. Il flotte dans son t-shirt blanc ; il s’accroche à sa casquette des deux mains. Avant qu’on l’invite à s’asseoir sur son banc, le Président lui rappelle le chef d’inculpation : tentative de vol par effraction.

Cocktail valium et alcool

Après avoir nuitamment fracassé la vitrine d’une petite échoppe à l’aide d’une masse, à Paris, l’homme se retrouve pris au piège dans le magasin. Il est dans un état second, « après avoir bu du valium et de l’alcool ». Quand les policiers arrivent sur les lieux, le gringalet est en train de planquer le burin sous un bureau… Selon un témoin, l’accusé était accompagné par deux acolytes – envolés. Aujourd’hui, l’homme ne se souvient plus de cette folle nuit et rappelle qu’il n’était pas lui même au moment des faits. 1ère erreur : « l’alcool n’est pas une circonstance atténuante, Monsieur, au contraire, c’est une circonstance aggravante ! » sermonne le Président, en regardant par la fenêtre. Ce dernier lui lit un document juridique – pour l’accusé, du javanais –, puis il fixe l’homme qui sue à grosses gouttes avant de s’impatienter « Bon bref, qu’est ce que vous avez a ajouter ? »

« Je sais pas, je sais plus, j’ai déconné. Je suis désolé, je regrette ce que j’ai fait. Je vais me faire soigner, je ne sais pas ce qui m’a pris » geint l’accusé. Le Président récite ensuite son casier : « bon je commence en 2005 parce qu’on n’a pas toute la journée ! vol, rébellion, vol avec violence, vol aggravé, tentative de vol […] ». Gêné, l’accusé lève le doigt : « c’est-à-dire que j’ai un frère jumeau et un certain nombre des condamnations ne me concernent pas ! » Les hommes en robe rient tous en cœur à ce coup de bluff incroyable. 2nde erreur.

Deux enfants, il bosse aux Restos du coeur

Avant le réquisitoire du Procureur, le Président lâche son fiel : « Mais pourquoi diable boire du valium et de l’alcool Monsieur ? ». L’homme se lève, les bras en orante : « J’ai perdu mon père il y a deux mois, je galère, j’ai deux enfants à charge. Bon je passe mon permis et je bosse aux Restos du cœur, voilà ». N’attendant aucune réponse du Président, il se tourne vers le Procureur. J’observe alors ce visage épuisé. Dans ses yeux rougis, j’y vois une âme cassée. Il est effrayé par cette vie qui ne lui appartient plus l’espace d’un instant. « Cette homme est totalement inséré mais son comportement est contradictoire. Malgré une grande fragilité, palpable aujourd’hui même, il faut prendre en compte que Monsieur travaille ». Puis se tournant vers lui, mais s’adressant toujours au Président, le Procureur conclu : « ça serait dommage de perdre ces acquis ». Le ministère public requiert 2 mois d’emprisonnement avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve. La séance se suspend.

L’homme se retire d’un pas mal assuré. Ses baskets crissent sur le marbre de la 17e. Il regarde droit devant et porte une clope à son bec.

Jean-Guy Wazemmes

18:16 Écrit par Gaylord Van Wymeersch dans Les brèves de pot de chambre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

Jean-Guy, bravo à vous pour avoir renoncé à suivre les trompettes médiatiques de l'affaire Jérôme K. pour nous restituer in vivo ces affaires aussi troublantes que touchantes. Oui Jean-Guy, je vous ai démasqué avec vos pseudos, je sais que vous êtes présent chaque semaine au tribunal de grande instance pour retrouver cette avocate que vous avez croisé une fois, talons haut et collant un brin filé sur la cheville gauche. Elle vous a balancé un regard de killeuse avant de s'échapper dans la 17ème chambre et depuis vous la traquez comme un felin Jean-Guy. Si Jean-Guy, avouez-le ! En tout cas, continuez à vous perdre en la cherchant, vous nous pondez de merveilleuses chroniques toutes empreintes de votre humanisme louvoyé dans un cahier Panini et de votre appétit sexuel pour les avocates... Je vous aime, ainsi que votre hôte insulaire...

Écrit par : Rudy Valemme | mercredi, 21 juillet 2010

Les commentaires sont fermés.

 
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