Avertir le modérateur

mercredi, 30 juin 2010

La Chronique judiciaire: "Brèves de pot de chambre". Episode n°2

2124744964.jpgDeuxième épisode des "brèves judiciaires" de l'Arbre à Palabres. Cette semaine notre chroniqueur, Isaac Perchman, passionné par les délits mineurs, s'est rendu aux audiences de la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Parmi les affaires jugées ce jour là, celle d'un homme... et de son rapport avec l'alcool.

 

Chronique d'audience... par Isaac Perchman.


tribunal.jpg17e chambre correctionnelle, Paris, 9 juin 2010 : «  il est chirurgien-dentiste et le weekend, il s’alcoolise »

« Descendez aux Assises, c’est plus intéressant » me conseille l’un des quatre gendarmes à l’entrée de la 18e chambre quand je demande s’il y a une audience en cours. Rah ! il me prend pour un charognard égaré. À quelques encablures, la salle des Criées est comble : on y juge Jérôme K. – 2e jour d’un procès historique. Qu’à cela ne tienne, je reste à l’étage et gagne la 17e chambre correctionnelle, loin de l’agitation médiatique.

Un peu à l’écart, je balaye la salle, l’air de rien, et repère les forces en présence. Tous les acteurs sont là, convocation en main, patientant en silence, dans une somnolence agitée par l’angoisse. À l’appel de leurs noms, deux personnes se lèvent et je pense à ces mises en scène de théâtre où les comédiens jaillissent des gradins pour gagner la scène.

« Vous avez besoin d’aide au final… »

Sur le banc de gauche, l’homme d’environ 35 ans porte beau. Il est digne et reconnait volontiers l’outrage à agent duquel il est accusé, ses problèmes d’alcool, tout.

Il est environ 9h du matin, un dimanche d’avril quand l’homme descend le boulevard de Sébastopol, fortement alcoolisé. Il propose à une femme de boire un café, avec le tact et la légèreté de l’homme saoul. Celle-ci prend peur et appelle son mari à la rescousse qui ne se fait pas attendre et rapplique, décidé à en découdre. Bagarre s’en suit et 22 vl’a les flics. Après 6 heures de dégrisement, on sort l’homme de sa cellule alors qu’il n’a pas dessaoulé. Bougon, il s’emporte et insulte tout ce qui bouge…

Quelques jours après les faits, il rédige une lettre d’excuse à l’agent de police à qui il a « fait honte et porté atteinte à sa féminité avec ses propos à connotation sexuelle. » Malgré deux condamnations en rapport avec ce problème d’alcool, l’homme n’est pas une petite frappe et le juge, de peu son ainé, la joue gentleman. L’accusé « habite Versailles, d’une famille bourgeoise, il est chirurgien-dentiste et le weekend, il s’alcoolise » raconte son avocat. Plus, il souligne le trouble bipolaire de l’accusé et évoque son lourd traitement au lithium. L’avocat, vieille carne espiègle, conclu sa plaidoirie par ces mots : « La compagne est lasse du comportement du prévenu ; elle le menace de le quitter et c’est déjà un premier jugement », avant de s’en remettre à la sagacité du tribunal. Le juge de lancer en off« vous avez besoin d’aide au final… »

Ses chaussures claquent sur le marbre

Le réquisitoire du procureur, rappelant que « le but du ministère public est de ne plus voir l’accusé devant le tribunal » fixe une condamnation à 18 mois d’emprisonnement avec sursis avec une obligation de se faire soigner.

Après délibération, l’homme se voit condamné à une peine d’emprisonnement de 2 mois avec sursis, une obligation de recevoir de soins. Il devra aussi verser une amende de 450 euros à la partie civile. Il écoute le prêchi prêcha du juge en hochant la tête poliment puis se retourne. Ses chaussures claquent sur le marbre. Il a l’air pressé, des patients l’attendent certainement.

Isaac Perchman

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu