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mardi, 11 mai 2010

Le 1er mai à Istanbul ou la fin d'un tabou

A Istanbul, les manifestations du 1er mai on rassemblé plus de 200 000 personnes. Trente-trois ans après le massacre du 1er mai 1977 sur la place Taksim, les manifestants venus de toute la Truquie ont défilé dans la joie et le calme. Une journée historique en guise de symbole démocratique.

Retrouvez l'intégralité des reportages à Istanbul sur le site Latitudes de l'ESJ


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Il est onze heures. C’est dans une effusion de joie que la tête du cortège de la manifestation du 1er mai franchit le barrage de sécurité contrôlant l'accès à la place Taksim. Des cris s’élèvent dans le ciel bleu d’Istanbul. « Taksim nous te retrouvons », crient des manifestants, heureux de pouvoir enfin fouler le sol de la « place maudite ». Dès le barrage franchi, les applaudissements spontanés retentissent pour se mêler aux cris de joie et aux slogans qui redoublent alors d’intensité. Certains courent à toutes jambes en direction de la place, d’autres, en cortèges disciplinés reprennent leur marche au rythme des chants révolutionnaires crachés depuis les « sonos » des camions.

Une résurrection
Trente trois ans que les Turcs attendaient ça. Plus qu’un symbole, une résurrection. En début de rassemblement la tension est palpable. Beaucoup craignent, sans pour autant le dire, une réédition des malheureux évènements de 1977. Trois décennies plus tôt le rassemblement du 1er mai s’était soldé par un bain de sang : trente-quatre morts et deux cent blessés. Les différents pouvoirs successifs avaient depuis interdits les manifestations du 1er mai. Pourtant, au cours des dernières années, les tentatives de rassemblement ont réapparu à Istanbul, en dépit des interdictions officielles et des gaz lacrymogènes. Et c’est paradoxalement, le pouvoir AKP (religieux-modéré) du premier ministre Erdogan, qui a décidé cette année de lever cette interdiction, devenue un tabou au sein de la société turque.

« C’est incroyable »

« Le 1er mai est une fête extrêmement importante pour les Turcs, et aujourd’hui nous sommes là après plus de trente trois ans d’absence. C’est incroyable! », s’enthousiasme un syndicaliste de la confédération révolutionnaire Disk. Pour ce retour à Taksim, toutes les forces de gauche sont mobilisées avec un message récurrent : « Les autorités doivent faire la lumière sur le massacre de 1977 ». Au sein des différents cortèges on retrouve les principales formations syndicales, la plupart des organisations d’extrême-gauche, mais aussi les associations féministes, étudiantes ou kurdes. Les grandes formations parlementaires de gauche sont aussi présentes mais plutôt discrètes. Aujourd’hui, certains sont tout simplement venus en famille ou entre amis afin de dénoncer la politique du pouvoir en place. Dans une ambiance festive, les cortèges convergent vers la place Taksim sans incident.

Sécurité maximum
Et pour cause, afin de prévenir tout débordement, le dispositif de sécurité mis en place est impressionnant. Plus de 22 000 membres des services de sécurité ont été réquisitionnés, et deux hélicoptères de la police tournoient dans le ciel stambouliote. Tous les accès à la place Taksim, la plus grande d’Istanbul, sont étroitement contrôlés par les forces de l’ordre, les rues barrées, le trajet du cortège encadré par des barrières, et les manifestants fouillés pour accéder à la place Taksim.

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Atatürk dépassé par le Che
Alors que les discours se succèdent à la tribune officielle, l’immense place est submergée par la foule et les drapeaux multicolores des syndicats qui s’agitent au dessus des têtes. Très rapidement, le monument de la République est pris d’assaut sous le regard bienveillant du père de la Nation, Atatürk, qui aujourd’hui, s’est fait ravir la vedette par Che Guevara. Une prise de Bastille symbolique, une sorte de « 9 novembre 1989 turc ». « La Turquie va changer à partir d’aujourd’hui ! Main dans la main contre le fascisme ! », crient en cœur les jeunes gens perchés sur le monument de la République.

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Un 1er mai célébré comme une fête. En convergeant vers Taksim, c’était un peu les vieux démons de ces trente-trois dernières années que les manifestants exorcisaient. Aucun heurt entre les manifestants et les forces de l’ordre. Un pas énorme vers la pacification de la société turque diront certains. Mais qui saura en tirer les bénéfices politiques ? L’opposition de gauche revigorée, rassemblée aujourd’hui pour dénoncer le gouvernement Erdogan et ce qu’ils appellent les « dérives du régime ». Ou Recep Tayyip Erdogan lui-même, qui pourra maintenant crier haut et fort que son gouvernement est celui de la tolérance, du pluralisme et de l’ouverture démocratique.

(avec Mathilde Boussion)

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