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vendredi, 19 février 2010

Spécial Haïti : L'économie de la débrouille

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Vendeurs ambulants dans les rues de Port-au-Prince (Gaylord Van Wymeersch)

A Haïti, un mois après le séisme, dans un pays « à plat », l’économie de subsistance est réapparue, comme avant. L’économie haïtienne, catastrophique avant le tremblement de terre, est aujourd’hui exsangue. L’objectif est maintenant de reconstruire le pays. Mais comment et surtout avec qui ?

Peu à peu la vie reprend son cours. Un mois après que la terre ait tremblée en Haïti, et malgré un pays en ruine, les haïtiens font preuve d’une capacité à restaurer des apparences de normalité impressionnantes. Dans les rues de Port-au-Prince les vendeurs ambulants...


Peu à peu la vie reprend son cours. Un mois après que la terre ait tremblée en Haïti, et malgré un pays en ruine, les haïtiens font preuve d’une capacité à restaurer des apparences de normalité impressionnantes. Dans les rues de Port-au-Prince les vendeurs ambulants se sont réinstallés aux carrefours stratégiques et dans les campagnes les étales de marchés se remplissent de jours en jours même s’il manque encore de tout.

« Ici tout coûte de plus en plus cher. Les prix sont exorbitants » se plaint une habitante de Léogane, ville de 180 000 habitants à une heure et demie au sud de Port-au-Prince et située à seulement à 3 kilomètres de l’épicentre.

Et pour cause, depuis le séisme les prix ont quadruplés voire parfois été multipliés par dix. Deux dollars le gallon d’essence. Inaccessible pour la plupart des haïtiens surtout lorsqu’on sait que le salaire quotidien avoisine les deux dollars et demie en moyenne.

« Comme si rien ne s’était passé »

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Mais ça-et-là comme si rien ne s’était passé, l’activité reprend. Entre deux maisons en ruines des réparateurs de motos s’affairent à réparer le mode de transport favori des haïtiens, du moins ceux qui peuvent encore se le permettre. Des vendeurs de pochette d’eau arrangent à la criée, des porteurs ambulants proposent toute sorte de médicaments à prix d’or et les stands de T-shirt ont refait leur apparition le long des artères des villes. Plus étonnant, à l’entrée des camps de déplacés des jeunes hommes équipés d’un générateur et d’une batterie proposent pour une poignée de « Gourdes », la monnaie nationale haïtienne, de recharger toute sorte d’appareils électroniques. Des camions chargés de sacs de ciment commencent déjà à approvisionner certains quartiers de Port-au-Prince. Ca-et-là des ouvriers travaillent la consolidation de certains bâtiments faiblement endommagés.

« Certains sont en train de bâtir de véritables fortunes », constate un haïtien employé par une ONG internationale. « Ceux qui connaissent des douaniers font importer des voitures des Etats-Unis pour les revendre ici à des sommes insensées », explique-t-il.

« Les gens récupèrent les métaux dans les décombres »

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Mais la reprise économique n’est pas en ligne de mire pour tous les haïtiens. La plupart de ceux qui avaient la chance d’avoir un emploi officiel l’ont maintenant perdu. Les écoles, les hôpitaux, les bâtiments administratifs et les infrastructures routières ont durement été touchés par « l’événement » comme certains disent ici. Doux euphémisme pour une catastrophe qui a mis à plat une économie déjà au bord de l’asphyxie avant le séisme. Beaucoup de policiers et de membres de la garde présidentielle ont perdu leur emploi et sont maintenant chauffeurs ou agents de sécurité pour les organisations internationales arrivés en masse. Mais tous n’ont pas eu cette chance. Alors pour beaucoup, c’est l’économie de la débrouille qui fait légion. Vendre ce que l’on trouve pour survivre. Il n’est pas rare de voir des jeunes hommes avec une scie essayer de récupérer ce qu’ils peuvent de métaux dans les décombres d’immeubles. Le marché informel est en plein essor. Quoi de plus normal dans une économie de survie. Alors les sacs de riz de l’aide alimentaire trônent fièrement en bord de route sur les stands de marchands qui revendent quelques dizaines de Gourdes le kilo.

Mais de l’avis de beaucoup, le plus alarmant pour la reprise économique demeure la chute de l’état haïtien. Les structures de pouvoir ont été décimées. Les ministères sont à terre, du personnel manque à l’appel et les jardins de la Primature (palais du gouvernement) se sont transformés en un immense camp de fortune. L’affaiblissement de l’Etat pose le problème de l’ingérence étrangère dans la reconstruction du pays. « Si l’aide internationale ne donne pas les moyens à l’Etat haïtien de prendre en mains l’avenir de la reconstruction du pays, Haïti replongera dans le chaos et la misère chronique », constate amèrement un conseiller du Premier ministre.

Le redressement économique est aussi à ce prix. Déjà, les compagnies dominicaines et internationales se placent pour l’acquisition des marchés de la reconstruction. Que restera-t-il aux haïtiens pour reprendre enfin leur destin en mains ? Pas grand-chose à n’en pas douter.

Gaylord Van Wymeersch

Commentaires

merci pour cette belle prise de vue

Écrit par : manu | vendredi, 19 février 2010

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