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mercredi, 17 février 2010

Spécial Haïti : Sur la route de Léogâne

Reportage

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Léogâne, ville de 180 000 âmes à 17 kilomètres et deux heures de route de Port-au-Prince est la zone la plus touchée par le tremblement de terre du 12 janvier en Haïti. La ville est située à seulement cinq kilomètres de l’épicentre du séisme. Détruite à 90%, ici il ne reste rien. La présence médiatique s’est longtemps focalisée sur la capitale, Port-au-Prince. Mis à part quelques papiers et reportages télé, Léogâne n’a que très peu été couvert par les médias internationaux. Conséquence ou simple corrélation, l’aide internationale a tardée à pénétrer cette zone reculée alors que pourtant les besoins y sont les plus importants.


Voyage à Léogâne

 

 

Pour se rendre à Léogâne, à la sortie de Port-au-Prince il faut traverser le quartier de Carrefour Feuille, une zone bidonville durement touchée par comparaison avec le reste de la ville. Seulement un premier aperçu des paysages de la route qui mène à Léogâne. Sur le terre-plein central de la voie rapide défoncée de trous plus énormes les uns que les autres, des habitants ont dressés des abris de fortunes. Le plus souvent une structure en bois surmontée d’un simple morceau de tissu ou de tôles pour les plus chanceux. Des cabanes à perte de vue. En ce début d’après midi la circulation est difficile et la chaleur écrasante est rendue insupportable par la poussière de terre et de pollution dégagée par le trafic.

Au bord de la route, des vendeurs de « pochettes » d’eau ou de boissons en tout genre s’approchent des vitres baissées des voitures lorsque la circulation se fait lente. Des femmes lavent leur linge dans des bassines, assises sur le trottoir du terre-plein central. Les enfants jouent le long de la route. Des hommes travaillent le métal ou s’affèrent à renforcer leur abri.

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« La route se fait piste »

 

Entre deux trous, les taptap, transports en communs hauts en couleurs, filent, l’arrière touchant presque la route. « Barber shop », « Ecole primaire », « Point internet » : quelques inscriptions encore apparentes rappellent à l’étranger la fonction des bâtiments effondrés en bord de route. On quitte peu à peu les faubourgs de la capitale. Sur la droite, une immense décharge à ciel ouvert en bordure de la baie de Port-au-Prince. Des silhouettes s’y détachent. Des enfants, des hommes et des femmes, poussés par la faim à venir récupérer dans des conditions atroces ce que les chèvres n’ont pas daigné manger.

Bienvenue à Mariani. Première ville à la sortie de la capitale. Point chaud gangréné par la violence et la misère. La route se fait piste. Les quatre-quatre doublent les camions et les taptap, profitant de leur lenteur dans les franchissements des parties de la route inondée par la pluie de la veille. L’anarchie de la circulation est totale mais s’avère efficace. Sur le bas-côté, des femmes assises au milieu des ruines et des déchets en décomposition vendent du charbon de bois, utilisé massivement en Haïti pour la cuisine. Le sol et les vêtements sont noircis. L’atmosphère devient irrespirable à ce moment de la journée.

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Environ un kilomètre après la sortie de Mariani, la route réapparaît, et avec elle, les premières crevasses dans le bitume. On s’imagine alors un peu plus la violence du séisme. La progression s’effectue maintenant à travers les plantations de canne à sucre. De temps à autre, au milieu de rien, un camp de fortune. Immense, isolé. Les habitants ont installé un panneau sur la route face au camp : « Comité de gestion : We need help. Food, Medicines, Water, Clothes… ». Les rares maisons ou bâtiments situés en bord de route ne sont plus que tas de béton et de ferraille.

Leur augmentation en bord de route indique l’entrée dans la commune de Gressier à mi-chemin entre Port-au-Prince et Léogâne. Dans ce village il ne reste presque rien debout, mis à part le marché en bois où est rassemblée l’activité en ce milieu d’après-midi.

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« Des failles de plusieurs mètres »

 

Un peu plus loin, les crevasses se sont transformées en failles de plusieurs mètres de long et larges de trente à quarante centimètres. Par endroits, la chaussée s’est soulevée ou affaissée de plusieurs dizaines de centimètres. Les voitures sont obligées de s’arrêter pour laisser passer les véhicules venant en sens inverse. La circulation alternée est la règle jusqu’à Léogâne. A quelques kilomètres de l’entrée de la ville, sur la gauche sont installés la base de l’armée canadienne et les dizaines de grandes tentes vertes du Camp Simon Bolivar offertes par le Vénézuela. Après deux heures de voiture, nous voici à Léogâne. A l’entrée de la ville le désastre est à peine pensable. Plus rien n’est debout. Quasiment aucune maison en dur n’a résisté. Seuls quelques baraquements en bois et en taules sont encore debout mais pas forcément utilisables. Les camps sont partout. Petits ou grands, isolés ou en centre ville. Le moindre espace est occupé par des tentes de fortune. En bord de route, dans les cours des maisons lorsque cela est possible, sur le terre-plein central de ce qui était l’artère principale de la ville avant le séisme, dans les champs et même dans certaines rues condamnées à la circulation.

Les maisons encore debout se comptent sur les doigts des deux mains, alors qu’il n’en faut qu’une pour recenser celles encore habitables. Un mois après le séisme la ville est totalement désorganisée. L’aide commence à être distribuée mais la ville manque encore de moyen pour la coordonner. Les autorités locales sont dépassées par l’ampleur des destructions. La mairie éventrée et vide est le symbole de cette désolation.

Gaylord Van Wymeersch

22:21 Écrit par Gaylord Van Wymeersch dans Haïti | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïti, tremblement de terre, séisme, port-au-prince, léogane, 12 janvier |  Facebook

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